culture-temiscouata

Patrimoine industriel du quartier Cabano

  Patrimoine industriel du quartier Cabano

Le Village Fraser

village_fraser

Dans les années 1800, de riches Anglais et Écossais s’approprièrent des lots dans la région bas-laurentienne et firent construire des usines de sciage pour exploiter la forêt. Le premier chemin de fer de la région, le Témiscouata Railway, fut complété à la fin du XIXe siècle et entra en fonction le 1er janvier 1889. C’est le cas de la Fraser Companies Limited, qui acheta en 1898, 400 miles carrés de terrain et dont un moulin fut établi à Cabano, à la suite d’une tentative infructueuse de la part de la compagnie Wetcher, en 1865. Ces travailleurs d’usine, ils étaient d’abord des écossais du Nouveau-Brunswick, mais ils virent en arriver d’autres, des Canadiens français. Plusieurs laissèrent de côté le travail de la terre pour aller gagner leur vie à l’usine. La grande vague d’industrialisation de cette partie de la région dura jusqu’en 1905, mais la population de la ville augmenta jusqu’en 1940. Les anglophones occupaient alors les postes les plus importants, ils fréquentaient les collègues francophones qu’ils formaient et ce, sans accroc majeur. Parmi les loisirs, même, le baseball était particulièrement apprécié. Les écossais partirent de Cabano dès le début des années 1930, ayant complété la formation des francophones de la région. La compagnie Fraser était désormais le principal employeur et, bien que ses activités diminuèrent à partir de 1950, elles se poursuivirent jusqu’en 1966 quand l’usine fut ravagée par les flammes.

Archibald Fraser décida de localiser son usine près du lac Témiscouata et de la rivière Cabano, de même que de la Témiscouata Railway. Cela lui conférait l’utilisation des ressources de la région et l’expédition de son produit vers Rivière-du-Loup, et de là, aux États-Unis et à la Grande-Bretagne. Un village portant le nom de la compagnie fut construit à proximité, entre 1898 et 1910, pour loger les travailleurs de l’usine qui avaient une famille. Il comprenait environ trente maison, un magasin général et une chapelle-école. Les maisons étaient généralement très simples et rapprochées, formant un petit quartier ouvrier. Elles avaient une toiture à deux versants et une annexe pour le bois de chauffage. Le magasin-général de l’endroit était un lieu de rassemblement pour les travailleurs, à l’automne et au printemps, et il abrita l’administration de la compagnie pendant un certain temps. Il ferma en 1966, à la suite de l’incendie et de la fermeture de l’usine.

Aujourd’hui, le village Fraser n’a pas complètement disparu de Cabano. Il est situé sur les rues Courchesne, du Carré Fraser, Purcell, du Quai et Gauvin. Le secteur a été épargné par les deux importants feux qui ont touché Cabano. La chapelle-école a été détruite et plusieurs bâtiments ont été rénovés dans un style différent de l’original. Seuls l’ancien magasin général et sept autres maisons ont conservé leurs matériaux ou d’autres détails architecturaux. Une ruelle, derrière la rue du Carré Fraser, est particulière, car elles n’étaient habituellement aménagées que dans les grandes villes industrielles.

Isabelle Malenfant

Bibliographie sommaire

BOUCHER, Jean-Pierre et LAPLANTE Claire, sous la direction de la Société historique de Cabano inc., Monographie paroissiale. Cabano. 75 ans d’histoire (Société historique de Cabano inc., Cabano, 1982), 80 p., p. 18.

DUMAIS, Jean, Entrevues Histoire Cabano, fond d’archives du Fort Ingall à Cabano, segment du fond 1.3 – A.1, 13 février 1981. Entrevues avec Mme Adélard Malenfant, M. Noël Paradis, M. et Mme Adrien Dionne.

DUMAS, Alain, Sans point ni couture. Cabano 1899-1999. La ville du Bas-du-Fleuve qui a tissé le Baseball (Cap-Saint-Ignace, Édition La Plume d’Oie, 2000), 105 p.

FORTIN, Jean-Claude et Antonio LECHASSEUR, Le Bas-Saint-Laurent (Québec, les Éditions de l’IQRC, 1999, Coll. « Les régions du Québec. Histoire en bref »), 190 p., p. 108-109.

LAPRISE, Jacques, Le rôle social des entreprises exogènes en milieu périphérique. Le cas de la Fraser inc. Mémoire de maîtrise # 112 (Rimouski, Université du Québec à Rimouski, 1987), 219 p., p. XII, 85.

SOCIÉTÉ d’histoire et d’archéologie du Témiscouata, Témiscouata. Synthèse historique (Cabano, Société d’histoire et d’archéologie du Témiscouata, 2001), 423 p., p. 24, 102-103.